Art et beauté dans l'esthétique médiévale by Professor of Semiotics Umberto Eco, Maurice Javion

By Professor of Semiotics Umberto Eco, Maurice Javion

Umberto Eco, "Art et beauté dans l'esthétique médiévale"
Publisher: Grasset | 1997 | ISBN: 2246784719 | French | PDF | 253 pages

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XVIII-XIX) note que la conscience d'une satisfaction de nature esthétique et son expression par des mots ne se sont développées que fort tard. L'homme du XVe siècle avait à sa disposition, pour témoigner de son admiration devant les œuvres d'art, des termes que nous croirions sortis de la bouche d'un bourgeois épaté. La remarque est pour une part exacte, à ceci près qu'il faut être attentif à ne pas confondre un certain flottement catégoriel avec une carence de goût. Huizinga illustre la manière dont les gens du Moyen Age convertissaient sur-le-champ leur perception du beau en un sentiment de communion avec la divinité, ou alors en une pure et simple allégresse de vivre.

Auro tectis reliquiis signantur oculi, et loculi aperiuntur. Ostenditur pulcherrima forma sancti vel sanctae alicujus, et eo creditur sanctior, quo coloratior. Les yeux sont attirés par la vue des reliques couvertes d'or, et alors les bourses s'ouvrent. On montre quelque très belle image d'un saint ou d'une sainte, et les saints sont estimés d'autant plus saints qu'ils sont mieux coloriés. (P L 182, coll. 915) Le fait esthétique n'est pas mis en discussion, la discussion porte bien plutôt sur l'usage qui en est fait à des fins extra-culturelles, dans un but inavoué de profit.

Assurément il n'existait pas au Moyen Age une religion de la beauté coupée de la religion de la vie (comme les romantiques sont venus, au contraire, nous l'exposer), ou de la religion tout court (comme nous l'ont révélé les « décadentistes »). Comme nous le verrons au chapitre suivant, si la beauté représentait une valeur, il fallait qu'elle fût en concordance avec la bonté, avec la vérité et avec tous les autres attributs de l'être et de la divinité. Le Moyen Age était incapable de penser, ni volontairement ni sciemment, une beauté « maudite » ou, comme le fera le XVIIe siècle, la beauté de Satan.

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